top of page
  • Instagram
Rechercher

Histoire de fausse couche: quand la joie vire au sombre

  • Photo du rédacteur: roxannelaplante13
    roxannelaplante13
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Septembre 2020. Je viens de faire un test de grossesse. Je pleure toutes les larmes de mon corps parce qu'il est positif et que je veux tomber enceinte depuis des lunes. J'appelle ma soeur pour lui annoncer en premier. Je prépare un petit panier de douceurs pour l'annoncer à mon amoureux. Il est en route, notre petit bout d'amour, il est là, dans mon ventre.

Dans un mois environ, nous aurons une première rencontre avec notre sage-femme. Elle va me dire qu'au stade où j'en suis, il est un peu trop tôt pour entendre le coeur du bébé, mais qu'on peut faire une échographie pour pouvoir le voir et déterminer la date probable de l'accouchement. Je ne veux pas subir trop de tests et d'interventions, mais j'accepterai cette échographie. Je veux le voir, je veux la confirmation de son entrée dans nos vies.

15 octobre 2020. La jaquette d'hôpital gratte un peu. Je ne suis pas à l'aise, je me sens vulnérable dans cette robe trop grande qui s'attache à peine à l'arrière. Je suis seule dans la salle d'attente, espace stérile et silencieux, angoissant. Les mesures sanitaires ont empêché mon amoureux de m'accompagner. Il m'attend à la maison. La technicienne m'appelle et m'installe dans la salle d'échographie. L'examen commence, dans un silence complet. Elle ne dit rien durant d'interminables minutes. Elle ne me montre pas l'écran. Puis, elle me dit d'attendre et sort de la pièce. Mon coeur cogne dans ma poitrine. Forcément, quelque chose ne va pas. Elle revient finalement avec le radiologue. Il examine l'écran sans un regard vers moi, puis, d'une voix froide et tranchante, m'explique en pointant l'écran que là où le coeur de mon bébé devrait battre, rien ne bouge. La grossesse n'est pas viable. Il me dit que ma sage-femme communiquera avec moi et sort, me laissant digérer seule la pire nouvelle que j'ai jamais entendue.

Personne n'est là pour me voir chanceler jusqu'à la salle de bain où je me change en vitesse. Personne n'est là pour voir les larmes que je retiens jusqu'à ce que je sois à l'extérieur de l'hôpital. Je ne sais pas comment je fais pour conduire jusqu'à la maison.

Une fois rentrée, je croise les yeux interrogateurs de mon chéri. Ça bloque dans ma gorge, je ne peux rien dire. Je me retourne vers la porte et je sanglote. Fort. Il comprend, vient me chercher, me transporte doucement jusqu'au divan où il me sert fort et pleure avec moi. C'est notre plan à tous les deux qui a échoué. Ce qu'on voulait construire ensemble s'est désintégré le temps d'une phrase glaciale.

18 octobre 2020. Après avoir rapidement entendu mes options par téléphone, il a été convenu que cette grossesse allait se terminer par un curetage. Avec du recul, j'aurais fait différemment, j'aurais honoré ce bébé autrement. On m'a expliqué que je pouvais attendre, mais que ça pouvait prendre des semaines. Comme mes symptômes de grossesse étaient trop accablants et que ma peine était trop forte, je n'avais pas la patience d'attendre. On m'a expliqué que je pouvais prendre un médicament pour précipiter la naissance, mais que je risquais une hémorragie si l'embryon ne se retirait pas complètement. Ça me fait peur, je ne veux pas retourner à l'hôpital. L'option la plus rapide est pour l'instant le curetage. On ne m'a pas expliqué les conséquences de cette opération. On ne m'a pas dit pour les tissus cicatriciels, les adhérences, les possibles problèmes de fertilité futures. Tout ce que je sais, c'est que ce sera rapide et que je pourrai réessayer de tomber enceinte bientôt.

Je me rappelle de tout, dans les moindres détails. Les doigts froids de la gynéco à l'intérieur de moi, le regard désemparé de mon chéri qu'on laisse à la chambre, le bonnet bleu qu'on met sur ma tête. Je me rappelle la sensation de l'aspirateur qu'on passe à l'intérieur alors que je ne suis pas tout à fait endormie. Je me rappelle la détresse que je ressens au réveil, alors que je sais que mon ventre est vide désormais. Mon visage n'a pas séché cette journée-là, il est resté mouillé de larmes jusqu'au lendemain.

J'ai fait de la fièvre les jours qui ont suivi. Je me suis sentie faible, malade. Les symptômes de grossesse ont mis au moins une semaine à partir. Mais le plus dur, c'est d'arrêter de faire des plans pour mon accouchement. C'est de dire à mes proches qu'on n'aurait pas besoin d'un shower. C'est de retourner au travail et d'annoncer à mes élèves que je finirai l'année avec eux finalement.

17 février 2021. Je viens de faire un test de grossesse. Il est positif. Je suis incapable de me réjouir vraiment. Et si je perdais encore ce bébé? Si j'étais condamnée à tous les perdre? Cette peur me suit durant tout le premier trimestre, puis s'amenuise un peu, mais ne disparait jamais complètement. Parce que faire une fausse couche, ça marque de la pire des façons. Cet enfant que j'ai porté, qui a existé, mais qui n'a jamais vu le jour, il est inscrit dans ma chair, il ne me quittera jamais. Même après la naissance de mon deuxième enfant, je continuerai d'y penser et de me demander ce qu'il aurait été.

Je ne regrette pas la façon dont tous ces événements se sont déroulés. Ils m'ont forgé un caractère, m'ont fait prendre conscience de ma nature humaine et de mon désir de rester loin du système médical instrumentalisé. J'ai connu deux magnifiques acocuchements après, selon mes principes et mes capacités. Je suis profondément reconnaissante d'avoir vécu cette épreuve pour tout ce qu'elle m'a appris, mais aussi pour la conscience qu'elle m'a permis de développer. Cet enfant, je le garde en moi, je le chéris et je l'honore à tous les jours de ma vie.

 
 
 

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page