Récit de naissance : accoucher en maison de naissance
- roxannelaplante13
- 8 avr.
- 6 min de lecture
Il a toujours été question pour moi d'accoucher à l'extérieur de l'hôpital. Pour moi, l'hôpital est associé à la pathologie, à la maladie et aux problèmes et la naissance ne correspond à rien de cela pour moi. L'accompagnement d'une sage-femme était donc tout indiqué et quand on est suivi par une sage-femme, on a le choix du lieu où on veut donner naissance. J'aurais accouché directement chez moi si ça n'avait été que mon choix à moi, mais nous sommes deux dans cette grande aventure qu'est de mettre au monde un enfant et mon amoureux n'était pas trop à l'aise à l'idée d'aller si champ gauche que ça. L'option était donc toute simple pour nous, la maison de naissance. Elle était à une heure de route de chez nous environ, mais nous trouvions cette option quand même plus sécurisante à l'époque que notre maison. La maison de naissance de l'Estrie est à à peine 15 minutes de voiture de l'hôpital, donc si un transfert était nécessaire, c'était moins effrayant que la demi-heure qui sépare notre domicile du centre hospitalier le plus proche. Toutefois, je refusais de croire que j'aurais besoin d'un transfert, dans ma tête, je voulais me concentrer sur les bonnes prédictions pour mon accouchement et non la gestion du risque. Technique de déni par excellence ou préparation positive? Ça dépend seulement du point de vue me direz-vous!
Début du travail
J'ai un corps qui se prépare longtemps d'avance pour accoucher, donc dès que j'ai atteint 39 semaines de grossesse, je me suis mise à avoir des épisodes de contractions assez réguliers. Je m'attendais à accoucher à tout moment, mais les blocs de contractions ne se régularisaient jamais et ça finissait toujours par passer. La veille de ma date probable d'accouchement, le découragement commençait à me gagner, je ne voulais pas dépasser et honnêtement, j'en avais bien assez d'être enceinte. Je n'avais pas triper sur l'expérience et la grosseur de mon ventre commençait à me peser dans tous les sens du terme. J'ai donc demander à mon amoureux sa petite contribution et c'est grâce à lui que mon travail a commencé. Les contractions se sont tout de suite régularisées et le rythme ne faisait qu'accélérer. Espacées de dix minutes, elles se sont vite mises à revenir aux 5 minutes, puis aux 4. Je suis allée dans le bain pour voir si ça se calmait, mais ça n'a fait qu'amplifier leurs sensations. Ça y était, il était temps d'appeler la sage-femme. Il était 10 heures le soir du 21 octobre quand j'ai ressenti ma première contraction et la sage-femme est arrivée chez moi vers minuit pour vérifier l'état d'avancement de mon travail. Après un petit examen, elle m'a confirmé qu'on pouvait se déplacer vers la maison de naissance. Les contractions continuaient de venir pendant le trajet, mais leur intensité était fortement diminuée. Arrivée à la maison de naissance, nous avons eu la belle surprise d'être assignés à la chambre que nous voulions et nous avons appris que nous étions seuls dans tout le bâtiment. Je me suis vite sentie à l'aise et très confortable. La chambre était grande, peinte d'une couleur chaude. Les murs étaient ornés de murales peintes à la main, nous avions une salle de bain privée, un lit double à baldaquin et un énorme bain à remous dans le centre de la pièce. Après un petit tour, je me suis installée au lit pour me reposer, mais maintenant que j'étais confortable, mon corps a bien compris qu'il pouvait se laisser aller et faire naître mon bébé. Mes contractions ont repris de plus belle avec une belle intensité.
Le sommet et la poussée
Tout dans ce travail a été doux, même si je me suis vidée le corps au moins dix fois, même si j'ai vomi la collation que ma sage-femme m'avait si gentiment préparée, même si mon corps se pliait en deux à chaque nouvel assaut de mon utérus qui se contractait. Mon amoureux qui me soutenait doucement, qui me murmurait des paroles encourageantes, ma sage-femme qui a toujours été à mon écoute et jamais insistante, les positions que j'ai adoptées et qui ont permis à mon bébé de mieux descendre, tout a été doux et puissant, comme je le souhaitais. À un moment durant le travail se dresse un mur. Ce moment où on pense qu'on ne peut plus, que c'est trop, que notre corps va se déchirer et qu'il ne peut pas passer à travers une telle épreuve. Ce moment est arrivé pour moi vers 4 heures du matin. Je m'étais préparée par contre, j'avais lu sur les étapes de l'accouchement et je savais que quand cette désespérance arrive, c'est qu'on est au sommet, que la poussée arrive et que ça achève. De me dire que je n'étais plus capable m'a donc réconforté, bizarrement, et la petite voix dans ma tête m'a rassurée en me disant que je n'en avais plus pour longtemps. C'est à ce moment que ma poche des eaux a éclaté (sur ma sage-femme qui était assise juste en face, oups!). Et là, le réflexe d'émergence est arrivé dans toute sa force et sa splendeur. Je ne pouvais pas m'empêcher de pousser. C'était impératif, je ne le contrôlais pas. Chaque contraction arrivait avec cet ordre de pousser qui était plus fort que moi. Je me suis donc mise à pousser, à suivre mon bébé dans sa descente. C'était difficile, ça tirait de partout, ça m'épuisait, mais je ne pouvais plus reculer et la détermination de voir mon bébé était beaucoup plus forte que tout le reste. À quatre pattes, je suis restée durant une heure et demie pour faire avancer, millimètre par millimètre, la tête de mon bébé vers la sortie de mon vagin. Après tout ce temps, mes bras ne me tenaient plus et j'ai dû m'étendre sur le côté. Là, ma sage-femme levait ma jambe et poussait sur mon pied pour m'aider à contre-balancer chaque poussée qui faisait brûler mon périnée, mais qui me rapprochait de la naissance de ma nouvelle identité de mère.
La naissance
La tête de ma fille a fini par naître vers 6h40, tellement doucement que la contraction s'est terminée et qu'elle était encore coincée là, entre mes jambes. Le temps s'est comme arrêté et je ne ressentais plus de douleur. J'ai même trouvé ça drôle que tout soit suspendu dans le temps de cette façon. Elle était là, si proche, mais on devait tout de même attendre la prochaine contraction pour la sortir complètement. Cette contraction est arrivée et je me suis précipitée vers l'avant pour recueillir le corps de mon bébé qui venait de me traverser. Je l'ai prise sur ma poitrine et elle s'est mise à pleurer en même temps que moi. C'était si beau, si plein d'extase, je ressens encore aujourd'hui l'intensité de la vague d'hormones d'amour qui nous a assaillis à ce moment particulier. Je ne me rappelle plus combien de temps s'est écoulé entre ce moment béni où ma fille est atterie dans mes bras et celui où mon accouchement s'est terminé avec la délivrance du placenta. Je ne me rappelle plus non plus de quoi il avait l'air ou combien de temps il est resté accrocher au corps de ma fille qui hurlait. Tout ce qui comptait, c'était elle, sa chaleur, sa texture tout humide, sa perfection. Elle s'est mise au sein rapidement, sans vraiment téter pour vrai, mais je savais que ça augurait bien pour le reste de son allaitement. Ce moment de grâce s'est étiré un peu jusqu'à ce que je doive me lever pour me laver. Dans le bain au centre la pièce, ma sage-femme m'a aidé à me savonner grossièrement pour enlever les restes de sang et de méconium desquels j'étais couverte. Puis, enveloppée d'une robe de chambre moelleuse, je suis retournée m'installer dans le grand lit duquel on avait changé les draps avec mon amoureux à mes côtés et ma fille dans les bras.
Le retour à la maison
Après une grosse assiette de fruits, un repas délicieux fourni par la maison de naissance, une séance avec l'aide-natale pour m'aider à positionner mon bébé pour une tétée efficace et beaucoup de photos, nous étions prêts à retourner à la maison. Nous étions bien dans cette chambre, mais l'intimité de notre foyer nous appelait. Nous avons donc averti l'aide-natale qui est venu nous faire quelques dernières recommandations pour notre retour, nous avons attaché notre fille bien emmitouflée dans sa coquille, puis nous avons repris la route, cette fois avec un petit bébé d'à peine 10 heures de vie dans la voiture avec nous. Nous étions comblés de cette magnifique expérience, mais surtout fébriles à l'idée de commencer notre nouvelle vie. Nous nous sommes installés dans notre lit en arrivant et c'est là que nous a trouvé notre sage-femme lors de la visite à domicile post-natale le lendemain matin. Je n'ai pas vraiment dormi cette nuit-là, ni l'autre d'après, mais je me rappelais ce que je venais de vivre et un sourire illuminait mon visage à chaque fois. J'étais épuisée, mais je me sentais tellement puissante, tellement forte et en vie que rien ne pouvait me déranger. Les problèmes sont arrivés, ne vous trompez pas, ça ne pouvait pas rester parfait. Mais dans ma mémoire, je garde le souvenir heureux de cette première expérience d'accouchement qui ne pouvait pas mieux se dérouler.
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